L’appel du 19 juin

Vous souvenez-vous de ce discours ?

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

Je voulais vous parler hier mais on m’a dit que l’expression  “appel du 18 juin” était déjà prise et j’ai décidé d’attendre jusqu’aujourd’hui, 19 juin 2020. Un jour ne devrait pas faire une grande différence.

Mon message à toutes et à tous est simple :

Ne partez pas en vacances cette année.

Je sais, c’est dur. Pour les Français, les vacances sont sacrées depuis 1936. Toute l’année vous parlez essentiellement des dernières et des prochaines vacances. Mais cette fois-ci ce n’est vraiment pas le moment. Même si vous ne partez pas à l’étranger, avec la meilleure volonté du monde vous allez quand même vous entasser sur les plages et dans les hôtels. Vous essayerez le masque mais il suffit de se promener dans la rue pour voir combien sont au-dessous du nez ou au-dessus de la bouche ou les deux, ne servant strictement à rien.

Si nous partons comme tous les ans, imaginez la situation qui s’ensuivra inéluctablement. Projetez-vous quelques mois en avant ; le 28 octobre, pour choisir une date au hasard. Êtes-vous prêts pour 35 000 cas et 240 décès par jour, en croissance sans fin prévisible ? Pour un retour de l’engorgement des hôpitaux ? Pour — j’hésite à prononcer le mot honni ! — un nouveau reconfinement, celui que nous avions promis d’éviter mais qui serait devenu inévitable ? Et tout ce qui en découle — faillites, licenciements, séparations ? Sans même mentionner des fêtes de fin d’année sinistres sans la moindre lumière au bout du tunnel.

Non, j’en suis sûr, tout cela est impensable et n’est pas ce que vous voulez.

Alors, sacrifiez vos vacances cette année pour ne pas avoir à sacrifier bien plus les mois et les années qui suivront. Restez chez vous. Économisez votre argent, ne serait-ce que pour vous offrir d’excellentes vacances l’année prochaine. Lisez des livres, regardez des films, faites votre gymnastique, mais évitez déplacements et rencontres. Arrêtons-nous pour mieux rebondir ensuite. Si vous travaillez dans le tourisme, la passe sera difficile, et l’État vous aidera, mais céder à la facilité ne ferait que rendre vos perspectives pires encore.

En ces derniers jours de printemps, où tout semble vous sourire, vous n’en avez peut-être pas entièrement conscience encore, mais bientôt la bise sera venue : ne risquez pas, pour le bref plaisir d’un bel été, un automne et un hiver pires que ce que notre époque a jamais connu.

Pas de départ en vacances à l’été 2020.

Pour ma part, je ne m’en souviens pas.

D’autant plus qu’il n’a jamais été prononcé.

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